La République démocratique du Congo s'apprête à franchir une étape majeure dans l'exploitation de ses minerais stratégiques avec le développement du gisement de lithium de Manono, situé dans la province du Tanganyika. Considéré parmi les plus vastes au monde, ce gisement attire déjà l'attention des grandes puissances économiques en raison de son rôle clé dans la fabrication des batteries destinées aux véhicules électriques et aux technologies de stockage de l'énergie.
Avec des réserves estimées à plus de 400 millions de tonnes de minerai, Manono représente un potentiel considérable pour l'économie congolaise. Pourtant, la structure actuelle du projet soulève des interrogations sur la part réelle des bénéfices qui reviendra au pays. En effet, l'État congolais ne détient directement que 10 % des parts, tandis que la société publique Cominière en possède 35,1 % et le groupe chinois Zijin Mining contrôle 54,9 % du capital.
Le projet, dont l'investissement est évalué à près de 2 milliards de dollars américains, ambitionne une production annuelle pouvant atteindre 130 000 tonnes d'équivalent carbonate de lithium à pleine capacité. Les promoteurs annoncent également la création de plus de 1 200 emplois directs ainsi que de nombreux emplois indirects au profit des communautés locales.
Cependant, l'exploitation du site reste entourée de plusieurs défis. L'un des principaux concerne le différend juridique opposant l'État congolais et la société australienne AVZ Minerals, qui conteste toujours le retrait de son permis minier devant des instances internationales d'arbitrage. Ce contentieux entretient une incertitude susceptible d'influencer l'évolution du projet.
Par ailleurs, le gisement de Manono est devenu un enjeu de la compétition internationale autour des minerais critiques. Si la Chine renforce sa présence à travers Zijin Mining, les États-Unis suivent également le dossier de près. La société américaine KoBold Metals, soutenue notamment par Bill Gates, a manifesté son intérêt pour une partie du projet, illustrant l'importance géostratégique que revêt désormais le lithium congolais.
Face à cette situation, le gouvernement congolais affirme sa volonté de promouvoir la transformation locale du minerai avant son exportation. Cette orientation vise à développer une industrie nationale capable de produire des composants à plus forte valeur ajoutée, tout en favorisant la création d'emplois, le transfert de compétences et l'augmentation des recettes publiques. Néanmoins, la concrétisation de cette ambition dépendra du développement des infrastructures, notamment dans les domaines de l'énergie, des transports et de l'industrie.
En outre, le marché mondial du lithium traverse actuellement une période de ralentissement. Après avoir atteint environ 81 000 dollars la tonne à la fin de l'année 2022, le prix du carbonate de lithium est tombé sous la barre des 10 000 dollars en 2025, soit une baisse d'environ 85 %. Cette évolution réduit la rentabilité des projets miniers et renforce l'importance d'une stratégie axée sur la transformation locale afin de générer davantage de valeur.
Il sied de rappeler que le gisement de Manono constitue l'un des atouts miniers les plus stratégiques de la République démocratique du Congo. Toutefois, son exploitation ne pourra réellement contribuer au développement du pays que si les autorités parviennent à sécuriser le cadre juridique, renforcer la gouvernance du secteur et garantir une meilleure valorisation des ressources nationales au bénéfice de la population.
AAbdoul Madjid Koyakele
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