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Sud-Ubangi : entre justice et liberté d'expression, le dossier IMMO SERKAS prend une nouvelle tournure

	Sud-Ubangi : entre justice et liberté d'expression, le dossier IMMO SERKAS prend une nouvelle tournure

Le dossier judiciaire opposant la société Immobilière Serge Kasanda (IMMO SERKAS) à plusieurs jeunes du Sud-Ubangi a franchi une nouvelle étape ce lundi 20 juillet 2026 avec la comparution de Me Rufus Enyela devant la juridiction compétente à Gemena. Au-delà de la procédure en cours, cette affaire nourrit un débat de plus en plus vif sur les limites de la liberté d'expression, le contrôle citoyen de l'action publique et le recours à la justice dans le règlement des différends.

À l'origine de cette affaire figure la manifestation organisée le 10 juin 2026 à Gemena autour de l'exécution des travaux d'asphaltage des principales artères de la ville. Ce chantier, confié en 2023 à la société IMMO SERKAS pour une durée maximale de dix-huit mois, fait depuis plusieurs mois l'objet de critiques portant sur l'état d'avancement et la qualité des travaux.

Avocat au Barreau du Sud-Ubangi et militant du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), Me Rufus Enyela s'était publiquement exprimé sur ce dossier. Il avait notamment appelé l'entreprise à respecter les normes techniques ainsi que les engagements pris envers la population, estimant que plusieurs préoccupations méritaient des explications. Ces déclarations constituent aujourd'hui l'un des éléments examinés dans le cadre de la procédure judiciaire.

L'affaire dépasse désormais le seul différend entre les parties. Pour plusieurs observateurs, elle soulève une question plus large : jusqu'où un citoyen ou un acteur de la société civile peut-il exercer son droit de critique sur la gestion d'un projet public sans porter atteinte aux droits d'une entreprise ou d'une personne mise en cause ?

Les soutiens de Me Rufus Enyela considèrent que ses interventions relevaient d'une démarche de redevabilité publique visant à défendre l'intérêt général. Ils estiment que les préoccupations exprimées reflétaient celles d'une partie de la population sur l'exécution d'un projet financé au bénéfice des habitants du Sud-Ubangi.

À l'inverse, d'autres voix rappellent que toute personne physique ou morale dispose également du droit à la protection de sa réputation et que seul le juge est compétent pour apprécier si les faits reprochés relèvent de la liberté d'expression ou constituent une faute susceptible d'engager une responsabilité.

L'audience a suscité une importante mobilisation sur les réseaux sociaux, où plusieurs messages de soutien ont appelé au respect des garanties d'un procès équitable et au strict respect des principes de l'État de droit. Cette mobilisation illustre l'intérêt que porte une partie de l'opinion publique à cette procédure, perçue par certains comme un test de la capacité des institutions à concilier justice, liberté d'expression et participation citoyenne.

En attendant la décision de la juridiction compétente, l'affaire IMMO SERKAS continue d'alimenter les débats au Sud-Ubangi. Au-delà des responsabilités individuelles qui seront éventuellement retenues par la justice, ce dossier pourrait contribuer à clarifier les rapports entre les citoyens, les mouvements de la société civile, les entreprises chargées des marchés publics et les institutions judiciaires dans un contexte où les exigences de transparence et de bonne gouvernance occupent une place croissante dans le débat public.

Blaise Abita

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