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Révision de la Constitution : les profondes divisions des Églises que le débat politique met au grand jour

Révision de la Constitution : les profondes divisions des Églises que le débat politique met au grand jour

Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo est souvent présenté comme une confrontation entre l'Église catholique, opposée au projet, et les Églises de réveil, réputées favorables au pouvoir. Pourtant, cette lecture ne reflète qu'une partie de la réalité. Les positions sont beaucoup plus nuancées et les divisions traversent les différentes familles religieuses, y compris les Églises de réveil, où plusieurs responsables affichent des opinions divergentes.

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) reste l'une des voix les plus fermes contre toute modification de la Constitution. Dans son message publié le 20 juin sous le thème « La Nation est en péril », elle estime qu'il n'existe « ni nécessité, ni urgence, ni opportunité » de toucher à la loi fondamentale. Les évêques considèrent notamment que l'article 220 constitue un rempart contre toute dérive autoritaire et mettent en garde contre les risques qu'une réforme imposée pourrait faire peser sur la stabilité du pays.

Cette position est également partagée par l'Église du Christ au Congo (ECC). Les deux institutions religieuses portent ensemble le Pacte social pour la paix, une initiative qui plaide pour le dialogue et la recherche d'un consensus national face aux tensions politiques.

À l'opposé, plusieurs responsables des Églises de réveil soutiennent publiquement une révision, voire un changement complet de la Constitution. Le 29 avril dernier, des leaders réunis autour de l'archevêque Ejiba Yamapia, président de l'Église du Réveil du Congo, ont défendu l'idée d'une nouvelle Constitution, estimant que le texte actuel est issu d'un contexte de guerre et ne reflète plus suffisamment les aspirations du peuple congolais.

Dans le Haut-Katanga, d'autres responsables religieux appartenant au même courant ont également exprimé leur soutien à cette démarche, jugeant nécessaire d'adapter certaines dispositions constitutionnelles aux réalités actuelles du pays.

Toutefois, les Églises de réveil ne forment pas un bloc homogène. Plusieurs figures influentes de ce mouvement se sont démarquées de cette position. Le pasteur Moïse Mbiye, notamment, a publiquement critiqué les responsables religieux qui concentrent leurs interventions sur le débat constitutionnel, appelant plutôt à une réflexion plus responsable et moins politisée.

Cette diversité de points de vue montre que les lignes de fracture ne suivent pas uniquement les appartenances confessionnelles. Les divergences traversent aussi les différentes communautés religieuses, où chacun interprète différemment le rôle que doivent jouer les Églises dans le débat public.

Le poids des confessions religieuses dans la société congolaise explique l'importance de ces prises de position. Qu'il s'agisse de l'Église catholique, de l'ECC ou des nombreuses Églises de réveil, chacune dispose d'une forte capacité de mobilisation et d'une influence considérable sur l'opinion publique.

Dans ce contexte, le débat autour de la Constitution dépasse désormais le simple cadre juridique. Il est devenu un véritable enjeu politique et sociétal, où les acteurs cherchent également à obtenir le soutien moral des principales autorités religieuses.

Au final, la véritable fracture ne sépare pas uniquement les catholiques des Églises de réveil. Elle oppose deux visions de l'avenir institutionnel du pays : l'une considère la Constitution de 2006 comme un équilibre à préserver, tandis que l'autre estime qu'elle doit être repensée pour répondre aux défis actuels de la République démocratique du Congo.

Abdoul Madjid Koyakele

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