À l'occasion de la Journée internationale des Tropiques, célébrée chaque 29 juin, l'ingénieur agronome Blaise Abita appelle les autorités congolaises et les populations à adopter des stratégies intégrées afin de préserver les écosystèmes tropicaux tout en renforçant le développement agricole. Pour ce spécialiste originaire du Sud-Ubangi, la République démocratique du Congo ne peut plus opposer croissance économique et protection de l'environnement.
Instituée en 2016 par l'Organisation des Nations unies (ONU), cette journée met en lumière le rôle stratégique des régions tropicales, qui couvrent près de 40 % de la surface terrestre et abritent environ 80 % de la biodiversité mondiale. L'édition 2026 insiste sur « le besoin urgent de stratégies intégrées qui équilibrent le développement durable avec la préservation des écosystèmes vitaux ».
Pour Blaise Abita, ce message trouve un écho particulier en RDC, où les effets du changement climatique deviennent de plus en plus perceptibles.
« Le thème de cette année nous interpelle directement. Nous ne pouvons plus opposer l'agriculture à la forêt. Lorsque cet équilibre est rompu, ce sont les terres les plus fertiles qui disparaissent. Les saisons deviennent imprévisibles et les premiers à en subir les conséquences sont les agriculteurs », explique-t-il.
Selon lui, la destruction progressive des forêts tropicales entraîne non seulement l'appauvrissement des sols, mais perturbe également les régimes de pluie indispensables à la production de cultures vivrières telles que le maïs, le manioc, le riz ou encore le cacao.
L'expert attire également l'attention sur le potentiel agricole du Sud-Ubangi, qu'il considère comme l'un des principaux greniers agricoles du pays grâce à ses terres fertiles situées le long des rivières Ubangi et Mongala. Toutefois, il estime que ce potentiel demeure fragilisé par les pratiques agricoles extensives et la pression croissante exercée sur les espaces forestiers.
« Le Sud-Ubangi possède toutes les conditions pour devenir un véritable grenier agricole de la RDC. Mais la pratique de l'agriculture sur brûlis et la déforestation compromettent progressivement les rendements. Il devient indispensable d'investir dans l'agroforesterie, de former les jeunes aux techniques agricoles modernes et de préserver durablement nos ressources naturelles », souligne-t-il.
Afin de répondre aux défis soulevés par le thème de cette année, Blaise Abita propose notamment le renforcement des formations en agroécologie au profit des coopératives agricoles, la protection des berges de l'Ubangi contre l'érosion ainsi que la création de pépinières destinées au reboisement et à la production durable de bois.
Au-delà du Sud-Ubangi, l'ingénieur rappelle que les enjeux concernent l'ensemble de la République démocratique du Congo, confrontée simultanément aux défis de la sécurité alimentaire, de la résilience climatique et du développement économique.
« Sensibiliser les Congolais à cette problématique, c'est rappeler que la richesse de notre pays ne se trouve pas uniquement dans son sous-sol. Elle réside également dans ses forêts, ses rivières et ses terres agricoles. Aucun pays ne peut prétendre se développer durablement en négligeant un secteur aussi stratégique que l'agriculture », conclut-il.
À travers cette prise de position, l'expert invite les décideurs comme les citoyens à faire de la protection des écosystèmes tropicaux un levier essentiel du développement durable de la RDC.
La rédaction
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